Le Crou

Le collectif

Grosso modo, c’est principalement des amis du bac en design industriel de l’Université de Montréal. On a agglutiné à l’équipe un ami architecte, un ami graphiste… Je te dirais que c’est des collaborations spontanées.

Le collectif a été créé pour l’appel de projets. On sortait de l’Université ! On avait déjà travaillé ensemble souvent, on a collaboré sur des projets, mais ça ne s’appelait pas Le crou.

Le Village

L’année passée, on avait participé au Village avec une gamme d’installations végétales, les sacs bleus. Cette année, on a essayé de récupérer le même matériel pour garder notre signature. Dans le fond, le matériel qu’on a décidé de récupérer, c’est des déchets, du blanchet d’impression. On a beaucoup expérimenté : cette année, on voulait voir comment le matériel allait réagir au vent puis quelle genre de forme on pouvait lui donner.

Le blanchet d’impression, c’est un déchet industriel en impression offset. C’est des gros rouleaux de multicouche : un canevas, un aggloméré collant puis une couche de polyurétane par-dessus puis ils mettent l’encre… Après deux-trois semaines environ, ils les jettent, pis y’a rien à faire avec ça. Nous, on a décidé d’aller récupérer le matériau. On se sert un peu du Village comme laboratoire pour tester ce matériau-là, tester ses limites… On aime beaucoup le blanchet. Comme c’est un laminé, c’est impossible de le récupérer, tu peux pas le faire fondre et le réutiliser. C’est enfoui, pis on en jette des quantités phénoménales.

Grâce à notre contact à Victoriaville, Mario Lambert, on a pu se procurer le matériau. Mario, c’est un artiste d’écologie industrielle. Dans le fond, il fouille dans les chutes et les poubelles des industries et il essaie de retrouver les pépites d’or dans les déchets. On l’a accompagné à Victoriaville pis on l’a plongé dans des containers à la recherche de blanchet. C’est quand même intéressant parce que tu te rend compte à quel point il y a des gros volumes de blanchet dans les poubelles, mais c’est pas juste ça… y’a plein de trucs qu’on jette !

C’est peut-être notre sensibilité justement par rapport à l’objet, avec le design industriel, qu’on essaie de développer… On regarde ce que le monde jette pour en faire autre chose, le réutiliser pis essayer de lui donner du luxe ou une valeur ajoutée.

La charette de création

Travailler avec plusieurs collectifs de création dans la charette, c’est sûr que ça aide le processus de design. Je me suis pas senti déstabilisé : je trouvais que c’était comme être à l’école. C’est du travail assez intense, mais en même temps ça permet d’arriver à des résultats plus concis assez rapidement. Je pense qu’il y a une meilleure cohérence dans le Village vu que la création s’est faite toute ensemble. Après, les jours de montage, c’était plus intéressant parce qu’on avait déjà développé des liens avec les autres participants dans la charette. Quand on arrivait au montage, c’était plus festif.

On part de loin : on est allés à Victoriaville dans les containers chercher du blanchet, là on a mis ça dans le char, on a ramené ça dans le sous-sol à la maison, on a découpé ça en petites lanières… Ça nous a pris un temps fou ! Fallait tout découper ça à l’exacto, pis après ça le percer, puis l’enfiler…

On a peut-être pas choisi les moyens les plus efficaces pour l’assemblage, mais on voulait quelque chose qui soit plus proche de l’artisanat. C’est pour ça qu’on a choisi la ficelle. Ça prend définitvement plus de temps à faire, mais c’est un peu ça aussi qu’on essayait de ramener. Quelque chose de plus lent, de plus slow design, de plus low tech… Les ficelles pis le côté aléatoire que ça donne, ça permet justement de moduler le nuage au gré de l’été.

Même si y’a des bandes qui s’en vont, ben ça fait partie de l’installation ! Ça fait aussi partie des conséquences quand tu fais un projet à court délai : tu peux pas tester, tu peux pas prévoir, tu dis “Ok, ça ça va être correct”, tu y vas pis après, ben, tu regardes comment ça évolue. Mais c’est aussi de se questionner sur le fait que si tu fais un évènement, ça dure pas pour toute la vie, pis un moment donné y’a des pertes à la fin… C’est un peu ces questions-là qu’on s’est posées en amont, pendant la charrette, tsé, ce qu’on voulait utiliser comme matériel, pis si on voulait que ça soit rock solide ou réutilisable. Nous on s’est dit : on va faire quelque chose qui va durer un temps X pis qui aura pas trop d’impacts environnementaux par après.

Je pense que l’opportunité de faire une installation au Village, c’était vraiment comme un laboratoire où on pouvait tester… c’est un “nouveau procédé”, une nouvelle façon d’assembler.  Y’a des bandelettes qui se décrochent, mais en même temps un nuage, ça se dissipe. No joke, le fait qu’il se défasse, c’est sûr que c’était un peu décevant. On était fâchés, parce qu’on savait que c’était le point faible, la ficelle. Je pense qu’avec le délai de temps et le budget qui nous était alloué, on a réussi à bien tirer notre épingle du jeu. Par après, tu te rends compte que peut-être qu’on aurait pu choisir d’autres astuces. En même temps, moi, je suis pleinement satisfait pis j’assume la portée de l’aléatoire.

Mais tsé, on regarde ça, pis c’est plus vraiment des déchets ! Moi, ce dont je suis le plus fier, c’est que les gens passent en dessous, ils voient, trouvent ça beau, prennent des photos pis dans le fond on leur a servi des déchets tout cru au de la tête ! C’est formidable. Partir avec des déchets, pis avoir un produit fini à la fin, c’est quand même satisfaisant.

Les projets futurs

Je pense qu’on a encore un souci d’intervenir dans la ville, dans la trame urbaine. Là on va revenir à des projets d’écologie urbaine. Mais d’ici la fin de l’été, y’a quelque chose qui devrait sortir, encore une fois dans la récupération de déchets.

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